Un style... Celui de Virginie Despentes

Publié le par Catpower

http://www.libfly.com/public/images_t/111/9782253122111_1_75.jpgEn dehors des ouvrages imposés par l'éducation nationale et des magazines tape-à-l'oeil, mon jeune frère Louis ne lisait jamais. Mais, au printemps 2009, lors de sa dernière hospitalisation, puis d'une phase de rémission, il s'est mis à lire. Beaucoup et avec le regard critique d'un lecteur expérimenté. A notre plus grand étonnement...

"Enfin une issue !", ai-je pensé à ce moment-là. A mes yeux, la lecture offrait à mon frère une porte de sortie. De lui-même, de son monde obscur, vers autrui, le monde extérieur... A cette occasion, après maintes hésitations, j'ai conseillé à Louis King Kong Théorie. Et mon frère l'a lu d'une traite, à ma grande surprise. Malgré son discours souvent machiste, ses piques contre les femmes et sa gêne à l'égard du sexe, il a aimé ce brulôt féministe !

Car King Kong Théorie de Virginie Despentes apparaît d'abord comme tel : une opération coup de poing contre le sexisme, à travers un langage souvent ordurier. Mais derrière les formules chocs se dissimule également une analyse fine de notre société, de ses relations complexes à la prostitution, à la pornographie et au viol. Virginie Despentes examine de près ces trois expériences du sexe en dehors des normes établies, du côté des femmes comme de celui des hommes, en illustrant ses propos par son propre vécu.

Ainsi, l'auteur interroge le masculin et le féminin. Mais pas seulement ! Car, à travers la sexualité, King Kong Théorie met également en lumière les rapports entre les différentes classes sociales - celles qui, au regard de la société, ont le droit ou pas de pratiquer le sexe d'une manière ou d'une autre - et la volonté politique de contrôler les citoyens en les cantonnant à leur rang, celui de la cellule familiale. Une démarche qui a le mérite de dépoussiérer la pensée féministe, dans un style qui ne fait pas de manières. C'est peut-être pour cela que mon frère a aimé ce bouquin...

Quelques extraits ci-dessous :
"Dans les années soixante, sur les campus, les filles étaient enfermées dans les dortoirs à dix heures du soir, alors que les garçons faisaient ce qu'ils voulaient. Nous avons demandé : "Pourquoi cette différence de traitement ?". On nous a expliqué : "Parce que le monde est dangereux, vous risquez de vous faire violer". Nous avons répondu : "Alors donnez-nous le droit de risquer d'être violées".

"La décision politique qui consiste à victimiser les prostituées remplit aussi une fonction : marquer le désir masculin, le confiner dans son ignominie. Qu'il jouisse en payant s'il le veut, mais alors qu'il côtoie la pourriture, la honte, la misère.
[...] La dichotomie mère-putain est tracée à la règle sur le corps des femmes [...]. [...] Les femmes sont condamnées entre deux options incompatibles. Et les hommes sont coincés face à cette autre dichotomie : ce qui les fait bander doit rester un problème".
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"Cachez vos plaies, mesdames, elles peuvent gêner le tortionnaire. Etre une victime digne.
[...]. Pourquoi les mères encouragent-elles les petits garçons à faire du bruit alors qu'elles enseignent aux filles à se taire ?"

"On dirait que la vie des hommes dépend du maintien du mensonge... [...]. On ne sait pas exactement ce qu'ils craignent, si les archétypes construits de toute pièce s'effondrent : les putes sont des individus lambda, les mères ne sont intrinsèquement ni bonnes ni courageuses ni aimantes, pareil pour les pères, ça dépend des gens, des situations, des moments.
[...] De quelle autonomie les hommes ont-ils si peur qu'ils continuent de se taire, de ne rien inventer ? De ne produire aucun discours neuf, critique, inventif sur leur propre condition ?
A quand l'émancipation masculine ?"

Publié dans Femmes

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