Shantaram, roman fleuve puisant sa source au coeur de l'humain

Publié le par Catpower

Un dimanche après-midi de ce début d'année 2009, je flanais au Virgin Megastore des Champs, en quête d'un bon roman apte à me tenir en haleine, moi lectrice boulimique et infidèle. Après Gomorra de Roberto Saviano, difficile de trouver un livre assez puissant pour satisfaire mon addiction, dans la masse de produits issus de la sous-littérature pour con-sommateurs...

C'est alors que, au milieu des piles de bouquins, je suis tombée par hasard sur Shantaram de Gregory David Roberts. A partir de ce moment, ce pavé a rempli nombre de mes nuits, me gardant éveillée pendant plus d'un mois, me suivant partout où j'allais : bus, métro, RER, train... Et quel pavé ! Plus de 800 pages de sensations et de sentiments à vif, de couleurs, de sons et d'odeurs, de désir, de plaisir, de violence et de trahison, de corps enlacés ou dépecés, de réflexions hautement philosophiques et de considérations bassement triviales...

Car, au-delà du récit autobiographique d'un braqueur héroïnomane, ex-taulard australien évadé d'une prison de haute sécurité, parti vivre clandestinement en Inde, puis combattre les soviétiques en Aghanistan, Shantaram nous conte l'Homme avec un grand H, sous toutes ses facettes. Grandeur et misère de l'humanité y sont représentées dans le plus pur sens pascalien, dans une langue riche et fouillée. Avec un style à la précision aigue, donnant chair à une histoire aux mille et un rebondissements, jamais lassante, tenant toujours ses promesses, même les plus cruelles.

Je souhaite rendre un hommage particulier au traducteur, Pierre Guglielmina, qui a su rendre en français la saveur de ces mots/maux si puissants. Espérons que le projet d'adaptation au cinéma avec Johnny Depp en acteur principal soit aussi bon que le livre.

Pour vous mettre en appétit, voici quelques extraits des premières pages ci-dessous :

"Il m'a fallu du temps et presque le tour du monde pour apprendre ce que je sais de l'amour et du destin, et des choix que nous faisons, mais le coeur de tout cela m'a été révélé en un instant, alors que j'étais enchaîné à un mur et torturé".

"ça n'a pas l'air d'être grand-chose, je sais. Mais quand la chaîne se tend et entaille la chair, quand c'est tout ce que vous avez, cette liberté est un univers entier de tous les possibles. Et le choix que vous faites entre la haine et le pardon peut devenir l'histoire de votre vie".
Gregory David Roberts
"J'ai fait la guerre. J'ai chargé contre le feu ennemi. Et j'ai survécu alors que des hommes mouraient autour de moi. Des hommes meilleurs que moi, pour la plupart [...]. Et je les ai enterrés, tous ces hommes, et je les ai pleurés en mêlant leurs histoires et leurs vies à la mienne".

"La première chose que j'ai remarquée à Bombay, le premier jour, était l'odeur d'un air différent. [...] J'étais excité et ravi par l'odeur de cette première minute [...]. C'est l'odeur de chair bleue de la mer [...], et c'est l'odeur de sang et de métal des machines. C'est l'odeur de l'agitation, du sommeil et des déchets de soixante millions d'animaux, dont plus de la moitié sont des humains et des rats".

"La deuxième chose que j'ai remarquée, c'était la chaleur. [...] mes vêtements se sont collés à ma peau sous l'effet d'une sueur soudaine. Mon coeur tambourinait au rythme du nouveau climat. Chaque respiration était une petite victoire enragée".

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article