Le triste symbole d'un système psychiatrique en crise : Romain Dupuy

Publié le par Catpower

http://medias.lepost.fr/ill/2008/03/15/v-7-1048391-1205602275.jpgQuand j'ai créé ce blog, j'ai tout de suite crié ma colère et ma révolte contre le système psychiatrique. Si fortes, si violentes. Il fallait que ça sorte... Aujourd'hui, si mon indignation s'atténue, je tiens cependant toujours à dénoncer une médecine qui accompagne trop peu les malades souffrant de graves pathologies psychiques, les laisse sortir trop tôt, sans suivi, livrés à eux-mêmes. Un véritable manque à l'obligation d'assistance à personne en danger... Sans oublier ces politiques populistes, comme Sarkozy, qui jouent sur l'émotion pour faire passer des mesures moyen-âgeuses en matière de psychiatrie et de justice. L'affaire Romain Dupuy en est un triste exemple.

Un crime atroce, symptomatique d'une psychiatrie en crise

Souvenez-vous : le 17 décembre 2004, on annonçait cette nouvelle atroce, le double meurtre des infirmières de Pau. Un bain de sang, un massacre... Je me souviens, cette histoire m'avait profondément choquée. Quelques jours plus tard, on découvrait le visage du tueur : Romain Dupuy, un jeune homme de 21 ans, gros fumeur de cannabis diagnostiqué schizophrène paranoïaque et à qui on avait prescrit un traitement qu'il refusait, étant dans le déni total de sa maladie.

On découvrait également sa mère, Marie-Claire Dupuy, cette grande femme aux yeux clairs, calme comme un roc, endurcie par la souffrance, qui expliquait aux journalistes s'être battue pendant des années pour que l'on daigne bien soigner et accompagner son fils, et accusait le système d'être responsable de la mort des deux infirmières. "Pendant trois ans, j’ai alerté tout le monde", expliquait-elle plus tard à Christophe Hondelatte dans son émission Faites entrer l'accusé. "Hôpital, police, pompiers, j’ai tout noté, consigné chaque crise, noté les noms de tous les psychiatres que j’ai vus. Une fois, je me suis même présentée à l’hôpital psychiatrique avec une grande bouteille d’eau et un gros bouquin. Je leur ai dit que je ne bougerais pas tant qu’ils ne s’occuperaient pas de Romain, que si rien n’était fait, on allait le perdre".

Quand la politique violente la justice

http://www.ladepeche.fr/content/photo/biz/2008/12/16/200812161846_zoom.jpgPlus tard, l'affaire s'est envenimée, la polémique a gonflé. Submergées par la douleur et la colère, les familles des victimes ont réclamé à corps et à cri un procès. Des familles dont je comprend parfaitement la souffrance, mais qui, malheureusement, étaient dans l'incompréhension totale de ce qu'est la maladie psychique. En déplacement au pays basque, Sarkozy a alors plaidé devant la foule en faveur d'un procès, après avoir rencontré les proches de deux infirmières. Une ingérence difficilement acceptable dans les affaires de la justice censée restée indépendante du pouvoir... Cette démonstration populiste n'a cependant pas empêché le "non-lieu psychiatrique" d'être prononcé, une décision confirmée ensuite en cours d'appel, face au constat de l'irresponsabilité pénale du jeune schizophrène, en raison de l'abolition de son discernement au moment des faits.

"Il n’y a pas lieu de statuer' [...], il n’y a rien de plus terrible que d’envoyer les malades derrière des barreaux", déclarait alors avec sagesse Maître Christian Saint-Palais, avocat de la défense. Et Marie-Claire Dupuy de conclure à juste titre : "La souffrance ne choisit pas son camp. Je comprends la souffrance énorme des victimes. J'ai ma dose moi aussi et depuis très longtemps". "La justice est conçue pour dire la loi, pas pour être au services des victimes. Les victimes, il faut les accompagner, le travail de deuil n’appartient pas à une catégorie de personnes : j’ai moi aussi un travail de deuil à faire. Tout ce chemin vers la résilience se fait avec des professionnels, pas dans une salle de tribunal".

Pour en savoir plus, je vous invite à regarder les vidéos ci-dessous de l'émission Faites entrer l'accusé consacrée à l'affaire (il manque la première partie). Pour une fois, le voyeurisme a été laissé de côté au profit d'une réflexion sur la justice et le système psychiatrique.

Publié dans Suicide et psychiatrie

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Xavier 26/12/2012 00:28

Bonsoir !
Je voudrais vous parler de ma situation, ayant moi-même été schizophrène et m'en étant sorti. Tout d'abord, dans le cas de votre frère, comme dans le cas de Romain, tous les schizophrènes font part
d'un déni de leur état. Moi aussi cela m'est arrivé !
Ensuite, dans le cas d'un refus de soins par le malade, il y a l' hospitalisation à la de mande d'une tierce personne ( décidée conjointement à la demande de la famille ou d'un proche et du médecin
traitant) et enfin l'hospitalisation d'office ( décidée par le préfet). Mais cela marche vraiment ? La réponse est souvent : non !
En effet, les patients psychotiques, et tout particulièrement ceux qui sont atteints de schizophrénie, voient la vérité de leur état le plus souvent occultée par les psychiatres des hôpitaux (
quand ce ne sont carrément les familles !). Ensuite, il est très peu de parallèle qui est fait entre la pathologie en elle-même, le HANDICAP PSYCHIQUE ET DONC SOCIAL QU' ENTRAÎNE CELE-CI, et le
travail d'analyse ensuite à faire par le patient.
Il faudrait que les psychiatres d'hôpitaux ne se comportent pas seulement en simples toubibs prescripteurs et policiers face aux patients, mais aussi en écoutant de la souffrance psychique et du
handicap que cette situation entraîne.
Il faudrait qu'ils incitent les patients à faire des psychanalyses ou des psychothérapies chez des professionnels.
Il est tout à fait possible de s'en sortir, à condition simplement de suivre un traitement à vie ou sur une très longue période, et de ne pas rester SEUL à parler entre les quatre murs de son
logement !
Il faut aller voir un psychanalyste quand on ne délire plus et que l'on a encore des angoisses, c'est le seul moyen de mettre des mots sur sa souffrance et d'arriver à s'en sortir et à avancer. Il
existe aussi des GEMs ( groupes d'entraides mutuelles) qui sont une alternative à une hospitalisation de jour ou au CATTP et qui permettent aux patients sortis de clinique ou de l'hôpital psy de se
resocialiser et d'envisager ( pourquoi pas ?) de ( re)travailler un jour ou de se former pour acquérir des compétences en vue d'un futur emploi.
Car, souvent, les mots non-dits sont souffrances, mais il faut souvent relativement longtemps pour que les personnes psychotiques parviennent à lâcher prise et se retrouvent dans la position où je
suis.
Et pourtant, même en ce qui me concerne, la rechute n'est pas totalement à exclure !
Mais c'est ce que je souhaite à de nombreuses personnes psychotiques: s'en sortir !
Pour cela: pas de drogues, fussent-elles douces ( cannabis, haschisch, ou herbes); seulement les clopes si vous avez envie de toucher à quelque chose, et pas d'alcool, seulement du café en
proportion raisonnable ( enfin quand je dis pas d'alcool, c'est pour dire pas de beuverie; si vous avez envie de boire, faites-le en proportion raisonnable, c'est-à-dire de temps en temps).
Longue vie à tous !
Xavier

Patricia 30/01/2011 15:38


Romain Dupuy est interné à l'UMD de Cadillac en Gironde.


Nyu 21/01/2011 04:16


Et dailleurs,
il est devenu quoi romain dupuy ?
toujours en H.P ?
libre ?


Métisse01 18/11/2010 21:02


C vraiment dommage ke cette maladie exsite. sutout sur des mecs plutot mignon kom lui. Il faut vraiment k'il soit entourer;


philippe Leclerc 14/01/2010 18:04


si le sujet t' interesse, renseigne toi sur la situation chez nos cousins transalpins.
c' est impressionnant.