Le deuil

Publié le par Catpower

tunnel-2-thbCela fait deux mois, aujourd'hui, que j'ai perdu mon frère. Deux mois que mes parents, sans nouvelle, rongés par l'inquiétude, ont appelé les pompiers. Deux mois qu'un flic sans tact, aucun, rigolard et jouant au petit chef, leur a ordonné brutalement de se rendre au plus vite au commissariat, sans répondre à leurs questions. Deux mois que mon frère s'est concocté son petit cocktail explosif - alcool, somnifères, anxiolytiques, antidépresseurs et antipsychotiques - pour s'envoyer au ciel et ne s'est pas raté, cette fois.

Je me souviens, la première fois qu'il a fait ce mélange, le médecin du SAMU nous a dit qu'il avait le coeur sacrément bien accroché pour résister à pareille décoction. C'est qu'il était costaud, l'animal. Un beau mec bien baraque. Il avait juste pris un peu de bide, à cause des médocs. Au moins, il a fini par opter pour une méthode douce. Il est mort dans son sommeil, voilà ce que je me dis. Il est parti tout doucement, dans ses rêves, sans s'en rendre compte. C'est toujours ça de pris, toujours mieux que la pendaison ou se trancher les veines, comme il avait essayé de le faire, un an plus tôt, à l'hôpital - à l'hôpital, rendez-vous compte ! C'est con, mais cette idée me soulage. Comme si mon frère avait choisi le moyen le moins violent pour nous épargner, ma famille et moi.

Deux mois... J'ai l'impression que cela fait un siècle. Un siècle de douleur et de souffrance. Un siècle d'angoisse.

Parfois, j'ai l'impression de devenir folle. Dépressive. Parfois, je ne sais plus qui je suis. Moi, qui, dans un premier temps, me sentais forte, incroyablement forte, je me sens désormais faible. Faible, fragile et vulnérable. Il m'arrive de tomber à nouveau dans le refus. La colère. Parfois, je voudrais être quelqu'un d'autre, rien que 5 minutes. Je pense à la mort. J'ai l'impression que le deuil est un couloir sans fin, un puit sans fond, dans lequel je m'enfonce. Sans oublier la douleur physique, cette sensation que mon ventre va exploser, en permanence.

Heureusement, ça ne dure souvent que quelques heures par jour. Cependant, c'est déjà trop. Mais il paraît que tout cela est normal, que cela fait partie du travail, du travail de deuil. "Travail", pourquoi "travail" ? Moi, je n'ai pas l'impression de travailler. Tout se fait plutôt malgré moi, sans moi, à l'intérieur de moi. Sans aucune décision de ma part.

Allez, faut lâcher prise maintenant, apprendre à lâcher prise, accepter...

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Surfanna 18/12/2009 09:01


courage... je t'embrasse.


Catpower 18/12/2009 09:16


Merci, Anna.


yaN 18/12/2009 02:10


Accepter...Ouais, il faut accepter...Cela ne marche pas comme une décision, c'est le temps, les amis, les gens qu'on rencontre qui font que, petit à petit, on accepte, sans jamais oublier. La
douleur est malheuresement plus persistante que les moments de bonheur; mais c'est paradoxalement celle-ci qui force à garder les bons souvenirs. On se sent paumé, vidé, on remet en question
beaucoup de choses, mais tout ceci n'est qu'une mécanique visant à apaiser sa conscience, et à rassurer l'âme de l'être perdu, chaleuresement blotti dans notre coeur.
Je n'ai pas vécu la même chose, mais je te comprend, et te soutient...


Catpower 18/12/2009 09:15


Tu n'as peut-être pas vécu la même chose, mais ce que tu décris correspond bien à ce que je vis. Merci pour ton soutien. c'est ce genre de mots qui aident à tenir.