L'étrange et effroyable monde des rêves, révélation de nous-mêmes

Publié le par Catpower

http://static.blogstorage.hi-pi.com/photos/legend.blogspace.fr/images/gd/1209717239/Le-cauchemar-definition-personnelle.jpgJe rêve peu. Je ne rêve quasiment plus. Mais quand je rêve, ce sont des cauchemars qui hantent mes nuits. Ainsi, l'autre nuit, toute seule dans ma sinistre chambre d'hôtel anonyme, dans cette petite ville vide, triste et inconnue de Limoges, j'ai rêvé de mon frère. Un rêve effroyable, qui m'a clouée en sueur dans mon lit et empêchée de fermer l'oeil jusqu'au petit matin glacé.

Dans ces songes nocturnes resurgit tout ce que je cherche à occulter le jour : le traumatisme de la mort, mais aussi des sentiments noirs et inavouables, fruits de l'ambiguité des liens tissés entre frères et soeurs, où s'entremêlent étroitement l'amour et la haine, décuplés par le poids des tabous et des secrets de famille. Sans m'en rendre compte, depuis que mon frère est mort, je me suis efforcée de masquer ces émotions négatives à son égard : la honte de l'anormalité, la colère contre sa maladie, le ressentiment contre son incapacité à aller bien, la méfiance face à la violence que je sentais contenue en lui, l'angoisse de ne pas pouvoir deviner ses pensées, de ne jamais connaître ce qu'il ressentait...

Ces deux derniers mois, l'idée du respect, le respect du défunt, m'a tenue éloignée de ces sentiments refoulés. L'amour de mon frère et la colère contre le système psychiatrique ont prévalu. Il le fallait. Me confronter de plein fouet à ce magma d'émotions aurait été trop dur, trop violent. Mais je me souviens,à présent : c'est vrai, pendant des années, des flashs me sont apparus à l'esprit, des flashs de mon frère se tuant après avoir assassiné mes parents. Au lycée, je me reconnaissais dans Electre, à la lecture de la pièce de Giraudoux. Je pressentais que quelque chose ne fonctionnait pas, un pressentiment latent, caché profondément en moi, et que je me refusais à regarder en face. Et j'ai fui. J'ai fui ma famille, à des centaines de kilomètres, rentrant à de rares occasions, les inondant alors de paroles pour mieux dissimuler mon malaise. Je pensais avoir rompu le fil à la patte. En réalité, j'étais enchaînée à mon histoire familiale. Je la trainais comme un boulet, partout où j'allais. Son ombre planait telle une épée de Damoclès sur ma vie, jusqu'à envahir mes relations amoureuses, m'interdisant de les vivre sereinement.

Aujourd'hui, les rêves me le signifient : il me faut démêler ce paquet de noeuds. Pour faire mon deuil. Le deuil de ce jeune frère schizophrène, suicidé à 25 ans. Le deuil du frère qu'il aurait pu être, si la maladie ne l'avait pas envahi, rongé, dévoré, exécuté.

Il le faut. Pour pardonner, vivre et aimer.

Publié dans Deuil

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