De la schizophrénie

Publié le par Catpower

La maladie dont souffrait mon frère était la schizophrénie.

Louis ne le savait pas - les médecins ne le lui ont jamais dit. Mais il devait s'en douter : nous avons retrouvé chez lui des dossiers sur ses médicaments et ses troubles. Il avait fait de nombreuses recherches. Moi aussi, j'en avais fait. Mais on ne s'improvise pas psychiatre.

Pas plus que mon frère, nous ne savions ce dont il souffrait. Nous ne l'avons appris qu'après sa mort. Ce n'était pourtant pas faute d'avoir demandé aux médecins. Mais je ne reviendrais pas sur la manière inadmissible dont sont souvent traités les malades psychiques et leur famille par le système psychiatrique et la société en général (j'ai déjà abordé ce sujet dans mon post du 11 novembre, intitulé "La colère").

Je souhaite simplement dire que, non, je n'ai pas honte d'avoir eu un frère schizophrène. Je voudrais mettre à mal certains clichés concernant cette maladie si mal connue, car trop tabou. Alors qu'elle touche 1% de la population (sans compter la totalité des psychoses, qui atteignent 5 % de la population). La folie fait peur dans notre société dite civilisée. Hum, civilisée, mais qui abandonne toute personne témoignant de la moindre faiblesse sur le bord de la route.

Je vous invite à lire une petite mise au point, ci-dessous.

L'intelligence

Contrairement à ce que peut penser une majeure partie de la population, les malades psychiques ne sont pas bêtes. Mon frère avait toutes ses capacités intellectuelles, malgré ses troubles. Il était même très intelligent, d'après les médecins que nous avons rencontrés. Il a réussi ses études sans difficulté. Et a trouvé un travail facilement. Un travail avec des responsabilités.

La violence

Mon frère ne s'est jamais montré agressif envers autrui. Il ne menaçait pas les gens. Au contraire, il était porté par l'image du sauveur et hanté par la notion de responsabilité. Protéger les autres était son obsession. Les seuls actes violents qu'il a commis, c'était contre lui-même. L'automutilation, pour atténuer la souffrance morale par celle du corps. Le suicide, pour échapper à la souffrance.

Les hallucinations et le dédoublement de la personnalité

Il n'y a pas une schizophrénie, mais des schizophrénies multiples, aux formes très diverses. Mon frère ne souffrait pas d'hallucination visuelle. Il n'entendait pas des voix.
Sa maladie se manifestait par une angoisse très forte et de l'agitation en période de crise, avec une pensée légèrement délirante, mais à peine. Elle se traduisait aussi par une forme d'autisme, une incapacité à se mêler aux autres et à vivre avec eux, un mutisme profond et une apparente insensibilité. Et évidemment par la dissociation, qui n'est pas, contrairement à ce que l'on croit, le dédoublement de la personnalité, mais la rupture entre soi et le monde extérieur et la perte de son unité psychique.
La maladie est venue peu à peu, de manière insidieuse. Elle était d'autant plus difficile à voir que Louis nous la cachait. Excepté en période de crise où elle devenait alors impossible à masquer.

Comment se comporter avec une personne atteinte de troubles psychiques

Difficile de le savoir, quand on ne connaît même pas la maladie dont souffre un proche.
Dans tous les cas, il y a des choses à ne pas dire à une personne atteinte de troubles psychiques, quels qu'ils soient. Comme "Bouge-toi, fais un effort" ou "Tu devrais y mettre davantage du tiens", etc. C'est comme si on disait à un cul-de-jatte : "Lève-toi et marche". Il faut comprendre que la personne est malade. Car, oui, les troubles psychiques sont une maladie. Et la maladie psychique est désormais reconnue comme un handicap.

Pour en savoir plus

Consultez ces sites :

Publié dans Suicide et psychiatrie

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Patricia 26/05/2012 21:47

Votre frère a mis fin à une souffrance qui lui était devenue intolérable. Les médias font des malades schizophrènes des individus dangereux. Il ne faut pas oublier que la plupart des crimes
crapuleux sont commis par des individus responsables de leurs actes. Ma soeur est schizophrène depuis l'âge de 16 ans et n'a jamais tué personne.

IL Y A PLUS DE GENS FOUS DANS NOTRE SOCIETE QU'A L'HOPITAL PSYCHIATRIQUE.

Je m'occupe de patients souffrant de problèmes psychiatriques et je n'ai pas été confrontée à des malades violents.

Christine 26/03/2010 17:43


Malheureusement les médecins ne savent pas grand chose sur la schizophrénie. A part prescrire des neuroleptiques.. qui, s'ils s'avèrent à certains moments indispensables, n'empêchent pas, de toute
façon, d'avoir des hallucinations.
Vivre sous traitement toute sa vie, ma fille, décédée en 2005, n'a pas voulu.
Les médicaments l'empêchaient de vivre normalement, elle ne faisait plus rien, se comparait à un légume, avait pris 30 kg!
Elle vivait au rythme des crises et des accalmies. C'est une vie trop difficile, beaucoup de gens ne peuvent le supporter.
Je te souhaite beaucoup, beaucoup de courage pour la suite. Il y aura certainement des hauts et des bas mais tu es jeune et courageuse.
Bien affectueusement


Catpower 26/03/2010 18:52


Merci pour ce témoignage qui me va droit au coeur. Face à l'état de la médecine actuelle, ma famille et moi nous demandons toujours si finalement mon frère n'a pas opté pour la meilleure
solution...


diane 06/12/2009 18:36


Je commence à lire ton blog, histoire douloureuse, partage difficile mais qui a un but, et toi t'aider à supporter. Article très juste, surtout la fin, on sent de la compassion et de la
compréhension, enfin!
Tout mon courage pour la suite.


Catpower 06/12/2009 20:10


Merci, Diane.


Marie 03/12/2009 21:45


Je découvre ton blog, issu d'une souffrance infinie... Je n'ai hélas pas de mots pour te réconforter dans cette épreuve. Le suicide des gens qu'on aime est toujours inacceptable.

La schizophrénie est une souffrance au quotidien pour le malade et pour son entourage. Malheureusement, la médecine n'a pas encore fait sa priorité des maladies mentales. Pourtant, d'après des
articles que j'ai lu ces jours-ci justement, la schizophrénie affecte 1 personne sur 100... Cela signifie que de nombreuses personnes sont en détresse et ne seront jamais diagnostiquées ni
aidées...

Bon courage, j'espère que l'écriture et les échanges sur ton blog t'aideront à faire ton deuil pour te tourner de nouveau vers la vie.


Catpower 03/12/2009 23:43


Merci, Marie. Partager la douleur me fait du bien. Les commentaires des internautes me mettent du baume au coeur. Je me sens moins seule dans cette épreuve, où le soutien de l'entourage est
primordial.


malaya 02/12/2009 18:29


Je crois que c'est la maladie la plus répandue aujourd'hui et elle a tellement de formes... Malheureusement notre société n'est pas adapté au gens qui souffrent de différents troubles. Il ne s'agit
pas seulement des maladies psychiques, il s'agit aussi des gens aveugles, des gens qui ne peuvent pas marcher. La liste est très longue! Longtemps ces gens ont été cachés du regard du monde.
Maintenant il sortent dans les rues et avec le temps combattent de plus en plus pour avoir la place à laquelle ils ont le droit puisque eux aussi ils sont des etres humains. Peut etre notre société
n'était pas prete, peut etre il y a eu trop de préjugés je ne connais pas la cause. Mais j'ai du mal à voir comment les gens traitent ces malades.
Je suis allée un peu loin dans mon commentaire mais c'est ce qu'a suscité ton article...
Amitiés!


Catpower 02/12/2009 20:11


Merci pour ton empathie, Malaya. Effectivement, il y a peu de place pour le handicap dans notre société. Les mentalités évoluent mais pas assez. Espérons que les combats menés aboutissent à une
meilleure prise en charge et une meilleure insertion de ces personnes qui souffrent d'un handicap, quel qu'il soit.